Écrits par contumace—1

Écrits par contumace, dire la peine commuée, imbuer les mots à venir de sursis digressé, de la coupe à la lèvre, nue, chaque mot de la sentence ; rétif chétif captif, contumacious, héraut in absentia, le corps délicteux s’est délité, le corps du délit s’est abscondé, invisible corps non réclamé. Le corps non réclamé tourne autour du désir qui ne peut se connaitre, l’étoile double du voulu dévoilé, la quatrième lune dans l’ombre de Titan. Le corps qui sent, parce que le corps pourrit, parce que croupir c’est pourrir un peu, s’extasier, sortir de la tripe avec les forceps du dedans. Sous l’oeil tranché de l’inquisition, le chien de ces villes jappe aux étoiles absentes (Argos c’est moi, Argos, Argos, chien d’Ulysse, qui tresse ton collier, qui trisse ta laisse, qui laisses-tu dresser ?) : chaque phrase refaite rephasée, triphasée, survoltée.

On peut chanter le corps éclectique, l’intermittence au mitan du temps, au temps pour nous, pourtant, pour autant que le vent nous laisse, le moment de la disparition sans qu’e s’en mêle, chanter avec l’organe qui part, qui grossit, qui gonfle et se répand, l’organe surchargé d’humeur maline, l’intermittence du malin qui ressurgit au sein qui jamais ne se voue, ni ne s’avoue, ni ne savoure, le sein tiraillé entre l’être mère et ne l’être plus, l’être de l’alarme c’est lettre amère ; on peut chanter, être c’est barder, larder, être barde débordé, aède entre mi-temps, homère morte, on chante et on n’entend jamais la lumière des étoiles en retour de soprano, on est portée à crier le Mi, à tendre les-chelles, ma belle, froide comme la lumière descendue à la pause de la diva, la tirade non finie n’a que points de suspension.

Solo moderato.

On chante le corps des déclics, le corps engrenages des roues crantées, des crans d’arrêt, on cliquète et on halète, le dernier stop où l’on s’halète s’appelle terminus, un minable dernier arrêt pour perdre son latin et rentrer en silence, faire voeu c’est dévoyer, perdre la voix, avoyeller ; celui qui chante, qui l’a fait chanter ? Le chien à voyelles—il chante à perdre aveugle pour entrer dans les histoires, pour toutes ses liasses de chants ; je me surprends catamite d’Ulysse, compagnon découché, mon corps qu’il te serve tant que tu navigues, je n’y tiens plus, et au bout de la laisse Argos, coulant, pris au noeud du jeu, je me méprends je me répends.

Suffoquer c’est faire grand’voile.

Enchanté, cors psychédéliques, Roland furieux au passage du premier col, par vaux et par ronces, souffle qui fait lame déjà quand on voit la lumière — mais je sais moi le nom de la dernière étoile du matin qui s’est éteinte à trente cinq années de la lumière, mais je sais moi le nom de la constellation froide, je sais le nom des cendres, le noms des disparus, je dis l’écorce de mes chaînes, je pèle le liège sur torse, retors je sais moi je sais je sais je sais que je sue que je pue ; je sens la mort revanche et je suis revenu, celui qui revient c’est celui qui témoigne, être lettre poésie c’est barder de son lard le vide de son ventre. Le ventre, la boîte à souffle éjecte celui qui témoigne, avant le sein, avant le laid, avant la lettre, avant l’étoile, avant de savoir le nom d’avant, avant d’être gonflé des humeurs du matin, des humeurs inexpulsables qui te font un autre passager, pas voulu, un souvenir des cendres d’Ukraine, un souvenir des feux de l’atome, un souvenir des étoiles captives qu’on a laissé s’enfuir ; les sept cent quatre-vingt mille sacrifiés au silence de Pripyat.

Solo cantanausée.

Ne chanter liturgique, dire la messe en latin, avec des ailes d’Angelus, des ailes de matin, mots mâtinés d’azur, de suffocante gloire, de pieuses exultations. Ne chanter liturgique, ne pas chanter en chair, mais hurler dans l’abside, dans l’acide imbibé. Ne pas chanter le corps débiné, de quoi il s’agite, sa stase perturbée, les attractions étranges en faisceaux, dire c’est miner, c’est saper, le tailleur corse dans le souvenir infime de la fibre infirme, la voix sans corps de l’infirmier, l’ite missa est ou ego irae ?