Lire la nuit—1

Bolaño, quel maitre. En en quelques pages, une histoire qui pourrait n’être que simple, qui pourrait n’être qu’une anecdote étirée de quelques caractères, prend aux tripes et fait venir un sanglot dans l’œil, une boule opaque qui doit sentir la mélancolie et le tango, si la mélancolie ou le tango se parfument de quelques-uns de nos muscs intérieurs. La presque fin de la nouvelle  fait pleurer, quand lui, l’écrivain solitaire, est réveillé à minuit par la sonnette inattendue, et qu’elle est là, la fille de l’autre écrivain, l’autre digne et très malheureux, pas d’être écrivain ni d’être solitaire — ses photos à lui ne sont pas des photomatons refaites jour après jour, insatisfaisantes, jusqu’à en choisir une au hasard, mais des clichés assumés. L’autre qui est mort d’avoir voulu voir son fils ou le corps de son fils ou l’endroit où le corps de son fils peut-être se trouve, son fils qu’il avait laissé et nommé en référence à Kafka. Quelque chose donc se serre dans la gorge du lecteur qu’il n’attendait pas.

Lire la nuit, pour ne pas parler d’écrire, chose inopinée et très très silencieuse. Rien ne me surprend plus agréablement que l’éveil trop matinal, avant que le soleil ne se lève quelle que soit la saison, surtout si elle est froide et que rien n’invite à quitter le lit. Toujours sur la gauche de celui-ci une pile de livres attend que je m’en saisisse, victuailles laissées en vue d’une certaine fringale, au contraire de l’autre que je ne nourris pas. Le choix de la chouette.