Cap Horn

Qui sait d’où naissent les ouragans, et si nous les méritons jamais ? Qu’importe vraiment, quand on est sur le pont à serrer les drisses et à affaler, à guetter le creux et à redouter la vague scélérate, traîtrise de l’onde qui se soulève assez pour ne laisser plus aucune chance même au navire le plus imposant. Ce sont des peurs salines, certainement, qui partagent l’humeur même des larmes que nous laissons en quittant nos certitudes, sur les oreillers de l’indécision, sur les accoudoirs de l’enfance où nos bras tombés se sont faits inutiles. Que la terre, donc, paraît lourde et grosse d’ennui, toute boisée d’angoisse, de ces forêts sans limites qui couvrent le sol que nos pieds trépident encore ; du souvenir seulement, car rien n’est ferme sur les gouffres amers. Tout tangue et chavire ; tout échappe.