Note sur miroir (au rouge à lèvres, s’il le faut)

En vrai, que fait Narcisse ? Il se mire. Dans la marre. Histoire de reflet, de faux-semblant, de je m’aime toi aussi, histoire de se trouver si belle en ce miroir. On pense presque Narcisse voisin de chambre de la sorcière, l’in-femme de la chambre d’à-côté, qui se mire à longueur d’écran pour mieux se confirmer. Sauf que.

Lui, sa pomme, il ne la dévore peut-être pas jusqu’au trognon (même s’il est mignon) : faut penser un instant à Narcisse pensant, cherchant à penser, perdu dans ses pensées qu’il veut mettre en dehors de lui. Prendre une pause avec tout ce qui gigote dedans. L’agité du bocal veut ouvrir le couvercle, s’épancher. Problème : quelle forme pour étaler ce qui se pense ?

Les miroirs auxquels il confie des soupirs, il lance des œillades, sont les mêmes pour tous. Le miroir s’unifie comme mode de réflexion. Il s’étale, il s’affale. Du coup, la pensée, comme image possiblement saisie, semble se produire toujours sur la surface. Polie, s’entend.

Une autre idée

interjette le récitant pour rompre le fil (histoire de rester dans le labyrinthe, de caresser du Minotaure, plutôt que d’émerger à la lumière, en gloire, avec dans les mains le trophée sanglant du devoir accompli—de le brandir haut et fort). Faire galerie, donc, creuser, tauper, marauder dans l’obscur. Proposition : Narcisse n’est que soif quand il se penche. Il est soif de ce qui ne fait qu’altérer, l’autre produit comme pensée, un instant avant de dés-altérer. Il n’a pas le choix du pensable sinon dans le reflet de l’onde. Reflux.

Le valable dit comme objectif (faire la mise au point, la netteté, le focus comme fo-cul) difficile couleuvre à avaler. Change de peau, d’angle, reste la possible mue. Mais alors en dessapant ton derme tu as le risque de te voir chair, et miroir sur chair, froid sur viande, ça sent mort et tu flippes. Logique. Donc tu regardes pas corps, tu déshabilles de dos et renippée tu reluques. Toujours dans l’isoloir tu fais ton choix, dans la cabane de dessillage tu préfères pas rentrer, ou alors les yeux toujours cousus comme le faucon en cours de dressage. Tu prétends à l’objectif parce qu’il ne te laisse pas le choix, tu le tiens dans tes serres toi l’oiseau de croix sinon tu tombes.

Le miroir t’abîme, c’est à ça qu’on le reconnaît.