Cabinet d’amateurs

Longtemps, je me suis couché sur le papier. Littéralement : pour avoir été tabellion, ascendant poussif, avec quelque chose dans le sang sûrement, dans la moelle, qui ne sera levé qu’à l’autopsie, je me repens. Mais je ne réclame pas la dissection, ni à cri, ni à corps. De ce corps, je défends. L’écrit seul, quelle farce. Gratter, gratter, incessamment, pour faire puruler. A force de se sanctifier le parchemin, à force de se toucher et retoucher le palimpseste avec moins que rien de modestie, le doigt dans l’œil de l’histoire de l’autre, la main montée au front de Bataille, on finit par passer et repasser, que je t’étale et je te platàtarte de la mélancolie tautologique. On enduit, on plâtre, on crépit : le mur jamais moins épais. Jamais on crépite. Pas la moindre étincelle dans les pages et les pages entassées.

Puis vient l’heure de la bonne flambée. Consumimur igni.

Heureusement les chemins se croisent ailleurs qu’entre Delphes et Daulie : vient l’heure de liquider le laïus assommant. Les aléas, qui sont des méandres mal intentionnés, m’ont fait rencontrer des accoucheuses, des femmes intermèdes. Elles m’ont rappelé à la lumière du pluriel, et l’illusion singulière. On n’est jamais moins seul que quand on écrit. Certaines m’ont fait décliner, mon latin, que je perdais, et d’autres encore m’ont fait traduire, en justesse, comme de droit.

Interlude ici : quelques années, quelques enfants, quelques nuages. La même vie, sous la poussière ; la même odeur d’insomnie. On me donne la clé et m’incite à écrire maïeuticien. Quelle blague, Robert. Pourquoi pas matron ? ou bêcheur, tiens.

L’âme hâteuse, binant à longueur de mon sixième étage, je pousse je pousse, je faute aux synthèse mes âmes entées sur des bureaux bancals, j’arrose de toutes les métaphores et tout le wit que j’ai en soute : à cette altitude, presque chaque dissolue goutte dans le système devrait faire ivresse. D’ailleurs, quelle clairvoyance céleste a traversé, une fois n’est pas coutume, l’esprit des distributeurs de salles, quand ils m’ont échu celle-ci ? Depuis les hauteurs olympiennes, j’essaye de ne pas penser au sol. Une fois le train rentré, nous attendons les turbulences. Pour peut-être, un instant, péter la forme.