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Être le noir dans Jérénuit, être de gomme et de mèche : foutre le feu êtreindre le camp.

Les flammes exactement les mêmes quand tu crames tes papiers sur la plage de Lesbos ou la carte grise de la Deuch de mémé. Le chaud le même, le doigt dans l’orange pour recuire mes coupures. Le sang caille, ma biche, et quand je le lèche je ne peux plus dire d’où vient le vent. Faudra sortir à la voile et à l’aveugle, écrire par contumace et décéder aux instruments. Pour l’instant c’est mon pneu qui crève.

 

Passe-moi l’allumette je t’arrête de fumer.

 

Être déporté : 1914 kilomètres. Depuis le treize-mille-zéro-zéro-un d’où l’on ne sort pas, depuis le triangle rose de tes Bermudes, entre la rue de nos Paludes et la plaine de nos palabres, sous les magnolias râpeux jusqu’à Sofia la promise, la terre du café pas cher et des clopes qui te crèveront d’être bourrées de copeaux de bitume et d’argile.

Fais le plein. Fais les bagages ; prends ton gilet pare-brise, on lève le Kampf. Tu me grises-glace la banquise de la libido à me caresser la mollesse skin. Tu mens durci en me promettant des étreintes Bruxelloises ; tu manques ma moule je t’envoie des frites, elles sont froides et c’est la guerre, elles sont cuites et c’est l’amour, toujours ta friture m’éveilleras les sens. Mais remets du gasoil, chéri, on quitte la ville. Je pense à ton tunnel, je ne peux pas ne pas y penser.

 

Un trajet en forme de début de XXème siècle, de ceux qui promettent des carnages grandioses, mais dans la vieille Europe. De ceux qui commencent à la porte de chez nous-mêmes, où on n’habite pas, de fait. On occupe. On remplit des rangs de nos propres troupes en zone occupée. On n’y peut mais : toute notre reproduction sent le convenu, à nous les hommes de main. Tu me demandes d’être nègre, de faire nègre et de faire vite. Au mitan de la nuit, je tire un coup à blanc. Viens je te porte la plume, ta chandelle est morte, fous-moi le cric sous le pont, passe-moi au marbre je m’ennuie, sois ma victoire de Samothrace et laisse-en partout. Avec ma peau tannée tu feras une carte au 1/1ème. Attends juste que je canne pour avoir mes tatouages.

 

Pour l’instant t’en as trophée.

 

D’abord une trace sur le bitume, un frein à main en pente. Une pédale écrasée. Tous les meilleurs trajets commencent comme ça. Une pédale écrasée, un coup de violent pour s’arracher de la place qu’on s’était donnée. Un coup de barre, à droite, façon Raymond, pour se sortir du caniveau. Les deux mains sur le cercle et des coups d’œil partout à la la parano spatial, des matages en règle de tous les azimuts, avant d’enclencher la première qui se fout toute seule. C’est justement entre la première et la deuxième que tu remarques le matique. L’auto est matique, le pneu est matique, l’idiot aussi. Tu parles la langue du lieu et tu prends celle du type de gauche dans ta bouche, tu le fures de toute la rage de vivre et tu fonces vers la falaise. Pour quarante-deux secondes, mein liebe, tu es l’être-tas. Tu sautes sur Falaise, sur ta normande comme un GI en parachute au début juin. Comme lui, aussi, tu t’empales sur son clocher. En bas, à droite, c’est sûrement le côté de chez Swan, qui avait lui fait les 1914 kilomètres et les derniers à pied. En bas, à droite, c’est la bonne pédale, tu l’écrases.

 

Les routes pour commencer sont des rues, sont des feux, des porte-feux à leur intersections. Tous tu les respectes, les 5 qui te séparent de la bouche du tunnel où t’enfournes la caisse jusqu’à la gorge. Un con m’a confié que ça s’appelait une trémie. La prochaine fois que tu t’arrêtes c’est pour le plein. Il faut 19 heures et 18 minutes pour rejoindre ta destination. La distance débute le conflit et le temps le termine.