Note d’intention

Je t’informe de mon projet fautographique, par avance. Je t’informe du possible inaboutissement de ma recherche. J’y jette à corps perdus tous les blancs du passé, celui d’avant les morts, celui de la vie. Je t’informe pour avoir quelqu’un qui sait vers où je me dirige, un celui à qui l’on laisse l’itinéraire avant de partir en forêt. La lettre que je fais n’est ni une promesse, ni un programme : elle est la marque de peur de ne jamais se perdre, de rester à regarder s’éloigner la frondaison, reculer les cimes, tomber les arbres sans les entendre. Dire l’échec possible, pour s’en prémunir, pour talisman. Dire pour faire boussole, pour faire attrape-soleil, pour attacher le cerf-volant aux courants d’air chaud. Dire pour lever le camp et épandre les cendres, les restes de la nuit envahissante que je combats par petites pages.
Et si on le faisait ? Pour y penser, de temps à autre, par inadvertance, je colle ensemble quelques images avec quelques lignes de texte, mentalement, avec parfois le son de ma propre voix qui décrit ce que je fais, qui fait ce que je fais. Agir par la parole. Pardonne si je brouillonne. Continuer la lecture de « Note d’intention »

Journal — 1

#1 Arriver presque à la fin de Métromarxisme, et penser que les trois premiers livres que j’ai traduits, progressivement autonome, sont rédigés avec une prose allant de l’épouvantable au dull, phrases poussives et paragraphes laborieux, faisant progresser le raisonnement ou tout entiers dévoués à l’illustration d’une métaphore maladroite. Se rassurer en disant que la sensibilité des pieds légers (Achille), par moments écœurés de se traîner dans l’ornière de ces méchants écrits, se souvient des foulées sur les pistes de lumière. Que tout sprinter, de quelque talent, parviendrait au bout du tourbier avec le sac de cinquante kilos sur le dos, ahanant et suant, grimaçant et peu engageant : il aurait fait son devoir en enfer, mais pas sa Saison.

# Satisfaction du point final, sans hâte : s’en souvenir (méthode pour mémoire). Ce qui n’est pas hâté satisfait pleinement, indubitablement ; pas heurté, pas tremblant, pas fiévreux, donc plein. Certain.

chiens d’essence

Il m’est venu un concept, je l’ai arrosé d’essence. Ça a fait pschitt dans ma gorge et j’ai mâché, remâché, qu’il n’en reste rien d’idéal.
Fuck mais en fait c’est quoi le lien entre histoire et théorie, tu le sais, toi, ou tu fais semblant de l’ignorer ?
Tous les chiens au pelage noirâtre ne sont que des fils de charbon sans os.