Silence (avant le, MMIII)

Elle a pour nom Silence, et elle, personne ne l’a jamais prononcée.

Elle a marché la nuit aux frontières du monde, suspendue, comme fuyante devant l’instant où le jour va poindre, où l’aube va prendre son nom en se posant au loin. Elle a marché, longtemps, d’abord seule, d’abord les mains dans ses poches, pas même crevées, pas même décousues, non, juste les poings nus serrés, très forts, et elle seule, en transit, presque. D’abord, mais ça c’était avant, avant qu’on puisse dire maintenant, avant, elle a couru, très vite. Pas longtemps, non, juste assez pour que personne ne sache d’où elle était partie, d’où elle s’enfuyait, parce qu’à courir comme ça on est un fuyard, et s’il n’y a pas d’ombres qui courent après elle, c’est peut-être qu’elles se sont épuisées, elle non, elle a couru encore. On aurait pu croire, mais ça c’était avant, avant même qu’on sache qu’elle était seule, qu’elle marchait, la nuit, on aurait pu croire qu’elle ne s’arrêterait pas, ou alors pour tomber, pour s’effondrer, même pas pour reprendre haleine, mais pour mourir, oui, peut-être, rien n’est moins sûr, pour mourir tout à coup sur le chemin, avant qu’il fasse jour. Mais ça c’était avant.

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Sex, Foot, Thunder

[Écriture à gages : commande pour radio. J’exécute. Sex Foot Thunder (fichier son).]

Avant de manger les pissenlits, par la racine, carrée comme leurs pieds bancals, sur le banc relégués, mauvaise division, les joueurs remplaçants rongent leur frein et freinent leurs songes, se défont d’illusions qu’on dirait perdues, prennent l’air et les songes, écoutent les messages des mésanges porteuses de nuées, la pluie, mauvais, l’arbitre, huées, les projos grillés, les mauvais anges font et défont des lacets, se délassent en secret, se réjouissent de ne pas encaisser, de coups, de mauvais coups, de méfaits, les infâmes toujours sur le métier, cent fois fait le méfait, dernière reprise mal raccomodée ; les substituts se procurent autant que faire se peut des sensations de balle, des ballons d’opium, des bouffées de peuple, cris holà hara haro baudets, ballots, des boulets dégommés pour effacer la marque, des gommes et des robes grillées, l’addition est vite faite, marquée, remarquer, noblesse de sang et pas de robe, ni de saillie ni des champs, mauvais rats, gueules en biais, les remplacés sourient, ils l’ont belle la clef, des champs encore avant de rempiler, faire et refaire lacets, collet monté la noblesse sur le champ, de navets, pas d’honneur, le terrain c’est là que gambadent les vrais, onze étalons dont un qui piaffe dans sa stalle, onze pas un regard de biais, pas relégués pourtant relégables, un oeil sur la marque, eux le menton haut, divin marquis démarqués avant de la mettre au fond, coup de collier comme coup de fouet, toute la dialectique béante de la boule puante, de la balle passante, du petit pont aux environs d’Avignon, le pape, en quelle division ?

Avant de calancher, les tacleurs piaffant renaclent et reniflent, parsèment le gazon de luzernes mucus, grimacent à l’envi et désirent alambic, un bon coup de gnôle avant de se faire encore tordre, rincer, essorer, rhétorique du bar, bar, deux fois la syllable du guerrier, l’assaut sur le central, un dernier coup avant que d’être rond, ce rond de cuir qui jamais ne voit un burlingue, patchwork cogné trempé brossé lancé, dans les rets les filets, filous ; hilotes au petit quotient, restes dans l’opération, laissés pour compter, fantassins démobilisés toujours possiblement mobiles, sans raison ni colère, accrochés en grappe mûre sur leur gradin, réservistes ready-made for the gadin, ils ont l’arme au pied, la gachette sensible, se veulent spadassins, assassins à l’agachon.

Mitan. Voilà l’instant où tous se croisent s’échangent se toisent se changent, voilà l’exode limité, les transfuges décampent, on fera transfusion, les doublures se pressent, on convoque banc et arrières, les seigneurs les vassaux les sanguins, les petits barons et les grands capitaines, on choisit à l’encan, l’instant de faire gloire, brûler au front, marquer au fond : on fait le tri, liste des profusions.

Passe un instant, destin semblable, morne horizon, score fautes cris joie rage : le désert, plus tard, plus tard. Les seconds couteaux ruminent et nourissent leur singe.

Les trois sorcières macbethiennes toutes de noir chaussées sifflent brutalement une trille tonnerre ; fin de règne, doux princes.